Ale Montañez © 2016 Peintre expressionniste Tenerife, Îles Canaries, Espagne, Planète Terre.

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Alejandro Montañez, voyageur insomniaque.

Publication d’Ortelio Rodriguez Alba pour Radio Metropolitana.

http://www.radiometropolitana.icrt.cu/alejandro-montanez-viajero-insomne/

Ortelio Rodriguez Alba – alba@bellasartes.co.cu

Art de poigne, art provocateur à La Havane. Jeune peintre, il se déclare un éternel voyageur. Des villes rencontrées comme Buenos Aires, Amsterdam, Paris, New-York et La Havane ont été le théâtre de son parcours vital.

La Havane. Alejandro Montañez, jeune peintre, se déclare un éternel voyageur. Des villes rencontrées comme Buenos Aires, Amsterdam, Paris, New-York et La Havane ont été le théâtre de son parcours vital. Mais, en mon sens, ces voyages dépassent l’impact physique pour devenir des traversées imaginaires de son univers existentiel.

Où débutèrent ses trajets ? Quels ont été les pas de ces pèlerinages de jeunesse ? Pour moi, les appuis où se loge son imagination inquiétante restent un mystère mais je perçois dans sa peinture, dans le geste qui la crée, une personne qui, telle une sentinelle insomniaque, émigre du songe à la veille sans presque sourciller.

Bien qu’autodidacte, je ne pense pas que l’on puisse considérer l’œuvre d’Alejandro Montañez totalement naïve, car il est évident que l’artiste a étudié des courants comme le surréalisme, l’expressionnisme et la nouvelle figuration.

Depuis ces paradigmes, il semble fermer à demi les yeux et sauter, palette à la main, vers un expressionnisme accru, parfois figuratif, d’autres à l’orientation abstraite et je crois que, presque toujours, soumis à une évidente attache onirique.

Son séjour à La Havane l’a secoué. Il ne s’est pas comporté comme le voyageur typique : il a respiré à pleins poumons cette vie pour la souffler ensuite transformée en fumée dense, en visages déformés, en symboles raréfiés.

Comment expliquer sinon ces langues de vache placées sur le seuil des demeures havanaises ou ces « yeux qui percent, qui demeurent, qui s’en vont », le titre de l’une de ses œuvres citadines, ou encore ces immeubles endormis, éternellement floutés, situés dans une cité qui lévite, étrangère à leur ascension magique ?

La considération attentive de la figuration déployée dans ses pièces dévoile une constante : le double horizon entre l’extérieur et l’intérieur, focalisé par cette espèce d’œil vigilant, ou structure ovale, qui encourage le « spectateur » à regarder « vers l’intérieur et vers l’extérieur », depuis les volumes esquissés dans ses figures-objets, souvent spectrales.

En dépit de cet « œil latent » qui recouvre le paysage urbain et finit par s’imposer en tant qu’icône d’un voyeurisme déroutant, Alejandro abat les préjugés et se promène librement dans un environnement chéri à la « faible lueur de ses rues, les habits colorés de ses habitants, ou d’une rampe en forme de chaussure de femme et d’une jetée extraordinaire... ».

Surgissent alors ses révélations picturales comme des taches de lumière sur des moyens et grands formats. Une iconographie cubaine, ou plus précisément havanaise, nait à travers ses souvenirs et toutes sortes d’engins adossés à la porte d’une maison, devenue une installation.

D’autres fois, les coups de pinceau épais, sensibles aux couleurs de contraste, ébauchent des navires, des engins mobiles, des remous marins, des palmes hérissées ou des yeux, une fois encore, déformés par des rafales de vent. C’est l’espace cubain, figé dans le regard d’un homme qui rend à l’ancienne capitale son ascendant mythique.

Il recrée une tradition picturale développée par des auteurs insulaires, envoûtés par la ville et ses charmes. Il les évoque dans leur polychromie exubérante, dans la frénésie imaginative, dans ce plongeon dans la toile par le biais de superpositions et signes de force psychologique qui reconnaissent dans la distorsion des figures et des lignes tout le charme de nos rues étroites et des histoires anonymes d’êtres exceptionnels dans leur dimension humaine.

Il se peut que, comme María Zambrano en son temps, ce créateur canarien continue de rêver à la possibilité d’autres mondes. Et il réécrit l’histoire de La Havane, dans son cas avec sa peinture-mémoire.

Son œuvre peut être divisée par étapes référentielles, une tâche dont un spécialiste serait reconnaissant. Une tâche future pour les spécialistes. J’ai préféré relater, depuis le frémissement, une réécriture de Cuba et de La Havane effectuée par un être humain honnête. J’ai souhaité mettre l’accent sur sa volonté de saisir cette dimension insulaire magique qu’un poète universel et havanais, José Lezama Lima, résuma en deux mots : « la possibilité infinie ».

Edité par Lídice Valenzuela